13 juin 2007

Un pirate aux Caraïbes (3) : aux îles San Blas

Vous avez été des milions à me réclamer le roisième volet de "Un pirate aux caraïbes", aussi, voici venu le moment de vous conter la suite de ses aventures. Nous avions laissé notre apprenti-pirate épuisé mais heureux au sortir de sa traversée de la jungle de la sierra Nevada. Une fois parvenu sur les côtes nord colombiennes qui bordent pour ainsi dire sa maison et son élément, je veux parler bien sûr de la mer des Caraïbes, il décida de fêter ce moment de transition avec ses compagnons de voyage. Il était pourtant prévenu que le Rhum de Medellin était un puissant irritant pour les intestins. Prévenu, il l'était de longue date quant aux désagréments qui peuvent survenir lorsque l'on abuse de la boisson alcoolique, comme on dit, à plus forte raison après une épreuve physique longue et soutenue. Bah, aurait-il été un vrai pirate si du jour au lendemain il s'était mis à écouter ces vieux racontars? Je vous laisse donc imaginer la suite. Il faut croire cependant que cela ne lui a pas suffit vu que deux jours plus tard il rechargeait et son sac à dos, direction le parque Tyrona, et son estomac de quelques "tragos" bien tassés qui lui valurent nombre d'aller-retours entre son hammac installé en haut d'un immense rocher au milieu de la sublime plage "Cabo de san Juan", et les toilettes situées à quelques dizaines de mètres de là. Après le coucher de soleil, on pouvait voir notre pirate plié en deux traverser la plage d'un bout à l'autre, essayant d'éviter les moustiques affamés, comme on essaye de passer entre les gouttes lors d'une averse. En chemin, aux autres pirates qui l'arrêtaient pour lui demander : " t'as pas une feuille à rouler?" , courbé, il relevait la tête et, dans une grimace, répondait invariablement : " T'as pas du papier Q?" Il mit tout ça sur le compte du mal de terre, très fréquent chez les pirates. De fait, il écourta son séjour et se mit en quête d'un navire pour retrouver l'équilibre mouvant du balancement incessant de la mer, bien qu'il se demandait s'il avait toujours le pied marin, et même, s'il l'avait jamais eu. Il se rendit alors à Cartagena où il savait qu'il pourrait mettre la main sur un bateau qui l'emmènerait jusqu'à Panamá. Le temps d'effectuer les recherches, il logea cela va sans dire, à l'hostal La Pirata, en plein coeur du centre historique de la ville. Notre corsaire en herbe finit par jeter son dévolu dans les jours qui suivirent sur un voilier appartenant à un capitaine français. Avant d'embarquer, il en parla à des amis pirates anglais, qui lui demandèrent comment se nommait le navire.       

  - Iliki

  - What? Leaky*? l'interrogèrent ses compères.

  - Non, ILIKI

Les deux anglais échangèrent un drôle de regard mais n'ajoutèrent pas un mot. Je vous propose à présent de parcourir quelques extraits du journal de bord de notre pirate.

Samedi 2 juin. Les formalités douanières accomplies, nous embarquons tous promptement à bord d'Iliki; un léger vent d'ouest vient de se lever et il nous faut le metrre à profit, car la saison est réputée peu venteuse. A peine avons nous hissé les voiles qu'une patrouille de gardes-côtes nous acoste, immobilise notre bateau, monte à bord et inspecte longuement le navire. N'ayant pas trouver les deux tonnes et demi de cocaïne planquées sous le sofa, la police des mer nous relache et nous les regardons s'éloigner progressivement vers le port. Nous repartons aussi sec, mais déjà le vent a commencé a faiblir, comme si les douaniers s'en était emparé en partant. Il nous reste deux bonnes heures avant que le soleil ne se couche.

Dimanche 3 juin. La pluie nous a cueillit au petit matin. Le voilier et mon estomac gîtent complètement à babord, non à tribord, je crois que je les confondrais toujours ces deux-là, bref, je ne sais plus où me foutre ni dans quelle position. Assis à l'intérieur me semble être la pire. Je lutte pour ne pas leur faire un gros pâté. Je décline poliment l'invitation à déjeuner mais parviens toutefois à avaler un peu de porridge, à la suite de quoi je m'en vais faire une sieste. Au réveil, la pluie a cessé et avec elle, mes nausées. J'en suis le premier surpris. Après avoir dévoré les pâtes à la carbonara, je reprends la barre. Le lever de Lune est miraculeux. La mer est d'huile et il nous faut utiliser l'engine pour propulser le bateau.

Samedi 4 juin. 2 heures du matin. Mes yeux s'efforcent à rester ouverts, fixés sur le compas qui indique le cap à tenir, quand le moteur s'ébroue, toussotte et s'éteint. Silence de la nuit sur les flots. L'avarie nous prend 3 bonnes heures et aux environs de 6 heures du matin, nous somme de nouveau en route. Arrivée prévue pour 10 heures du matin sur l'archipel San Blas. Deux heures plus tard, alors que nous apercevons tout juste dans le lointain la silhouette des premiers groupes d'îles, le moteur tombe de nouveau en rade. Cette fois la situation est plus sérieuse : Panne sèche à 8000 des côtes et pas l'ombre d'un nuage ni d'un brin d'air, ce qui transforme notre voilier en un simple bout de bois à la dérive près d'une zone à récifs. En quelques dizaines de minutes, nous nous organisons. Jeté à l'eau, le dingui que l'on amarre à la proue du navire à l'aide d'un cordage en pate d'oie, tire laborieusement, sous un soleil de plomb, I-leaky inerte. On s'interroge sur le manque de fioul et nous nous apercevons très vite que les pleins ont été mal faits au port de Cartagena. 5 heures plus tard, une légère brise se lève, suffisante pour gonfler un peu les voiles. S'ensuit une lente, régulière et délicieuse glisse jusqu'aux îles. Enfin je dis "lente" mais tout est relatif, car après avoir supporté le cagnard, j'ai décidé de plonger dans cette eau bleu succulente, non sans avoir sur les recommandations du capitaine français, empoigné une corde et c'est avec effarement que je me rendis compte de la vitesse réelle du bateau. Luttant contre le courant, j'eus toutes les peines du monde à revenir progressivement jusqu'au pont. Mais au fond, le plus surpris fut mon caleçon qui, à peine arrivé dans l'eau, ne supporta pas le choc, et se laissa emporter et engloutir dans les méandres de l'océan. C'est donc cul-nu et comme si de rien que remis le pied à bord.

Le jour touche à sa fin quand nos pirates ressortent le dingui pour entamer leur manoeuvre d'approche de la isla limon. Le soleil tombe vite, trop vite. La zone est extrêmement dangeureuse et le bateau avance malheureusement milimètre par milimètre. Surgissent alors deux puissants zodiacs, dans lesquels se tiennent droits comme des i, de riches marins américains qui prennent immédiatement les affaires en main, comme seuls les américains ont l'art et la manière de le faire. Une fois l'ancre jeté, l'ex-amiral commandant suprême en chef nous invite à une partie de Beach Volley pour le lendemain à 15 h sur la plage de l'ile d'en face. Une occasion inespérée pour notre pirate de venger l'honneur noyé de  son caleçon. Le jour d'après, tôt, vers 6h du matin, ayant dormi toute la nuit sur le pont, le mât et la tête contre les étoiles, notre jeune pirate se réveille en même temps que le soleil pointe sa ronde face rougeoyante au dessus de l'horizon. Peu à peu, le reste de l'équipage émerge à son tour. Notre ami va faire un plouf et lui prend l'envie de se décharger d'un poids qui l'encombre. Possédant sa technique, il va à l'avant de navire et s'accroche à la chaine qui pend de la proue du navire, en posant ses pied de part et d'autre de la paroi du voilier afin de se surélever. Peut-être une minute à peine plus tard, il entends des cris provenant du haut du bateau. Un membre de l'équipage serait-il blessé? En quelques mouvements  de brasse, il s'écarte de la proue et interroge du regard ses amis sur le pont. C'est la pirate écossaise Morven qui lui répond : " The Barakouda is eating your popo" Elle a l'air hilare la scotish. Vexé, notre pirate des Caraïbes ne pipe pas mot et remonte à bord.

  - Tu devrais être plutôt fier au contraire, lui dit-elle, quelques instants après, c'est qu'à sa manière il t'aime bien.

  - Mouais.

Passé l'épisode grotesque du barakouda, nos pirates partent explorer les fonds marins azurs et turquoises, où ils découvrent l'épave ancienne d'un navire qui abrite désormais selon la légende un gigantesque Mérou. Le bateau échoué est depuis bien longtemps recouvert de sublimisimes coraux, et des poissons non moins superbes entourent nos amis de leurs couleurs surnaturelles. Notre pirate des caraïbes passera deux jours entiers, émerveillé, à plonger et replonger dans le silemce étrange et fascinant qui règne sous l'eau, les yeux écarquillés devant tant de beautés, devant toutes ces nuances de bleus, devant la prolifique et sublime vie qui s'agite tout autour de lui.

*leaky = (adj.) qui fuit.

Posté par LucAmeSud à 01:59 - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Un pirate aux Caraïbes (3) : aux îles San Blas

    J'adore les pirates

    Salut lucky d'amour,
    Dis-moi il a l'air charmant ce pirate un peu gaffeur, tu me le présenteras?
    C'est toujours un très grand plaisir de te lire et de voyager avec toi.
    Bisous

    Posté par Laure, 24 juin 2007 à 12:44 | | Répondre
  • DESOLEE...

    Nous voici de retour au bercail Jacques et moi... Notre périple s'est limité au Jura et à l'Aveyron, il n'y avait pas de pirates mais c'était bien quand même. Nous avons ouvert hier, il pleut, Paris est encore assez vide et c'est juste nostalgique ce qu'il faut pour me mettre dans cet état un peu flottant que j'aime assez en définitive ! Je te mets un message à propos... des impôts !

    Posté par elisabeth, 22 août 2007 à 18:18 | | Répondre
  • Ciao Luca ! As-tu reçu mon dernier mail ? J'essaie de t'écrire de nouveau ! Au fait, envoie-nous un peu de soleil pour les vendanges samedi prochain (je te mets un t.shirt au frais !)

    Posté par elisabeth, 02 septembre 2007 à 23:13 | | Répondre
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