11 septembre 2007

México te dejo pero volveré

  Presque trois mois d’abscence dans les colonnes de mon propre blog, imaginez-vous! Autant dire que le navire a été abandonné par son capitaine. Finallement, l’histoire du voilier Iliky était un présage à multiples facettes, car il y a bien eu une fuite, celle de mon inspiration : des photos au compte-gouttes et un désert éditorial. Bref, un blog à la dérive et j’arrêterai ici mes métaphores navales fumantes.

  Les jours passent, l’été dans l’hémisphère nord file vers sa fin, et tout me rapproche de mon retour sur le territoir français. J’appréhende de retrouver les rues, les places, les lieux dans lesquels, où que se porte le regard, tout n’est que...français. C’est, au fond, aussi simple que cela. Mais rien ne sert de mettre la charrue avant les boeufs, n’est-ce pas ? Donc, durant plus de deux mois, j’ai continué ma traversée de l’Amérique centrale pour arriver en Amérique du nord, au Mexique où je suis actuellement. Toutes les fois où j’ai pensé à rédiger ces quelques lignes, je regardai en arrière et voyais toujours plus grand le fossé qui me séparait de mes dernières aventures panaméniennes, postant in extremis quelques photos du Costa Rica sans en évoquer le contenu, du reste peu intéressant. Puis vint le Guatemala et ensuite le Mexique. Relater ces deux merveilleuses contrées, oui, mais comment ? Comment ratrapper le retard accumulé ? Telle est la question qui me taraudait à mesure et qui me paressait chaque jour plus insoluble. Restait la possibilité d’extraire une anecdote, par exemple mon passage chez le barbier à Oaxaca, au Mexique, après une journée des plus paisibles, assis sur ces vieilles chaises inclinables de coiffeur, en métal et en cuir, bercé par de la musique cubaine que crachait un vieux transistor, détendu malgré la lame tranchante tenue sous ma gorge par une main tremblotante, celle du vieux barbier, qui désirait manifestement me laisser une peau de bébé ; c’est du moins ce qui me vint à l’esprit face à la ténacité de cet homme qui s’acharnait alors sur les surfaces récalcitrantes de ma barbe comme si il eût fallu que mon poil comprît impérativement qui des deux était le maître. Pauvre homme, il ne devait plus avoir toute sa tête, car, en sortant, un simple passage de la paume de la main le long de mon coup me fit réaliser l’étendue des dégats. Cependant le moment de tranquilité et d’exotisme avait bien valu quelques écorchures. Mon visage arborait un nouveau relief facial, constellé, ici et là, de petites mottes de barbe qui avaient resisté aux assauts pourtant répétés du barbier qui avait paru, au demeurant, déçu que j’eusse voulu éradiquer la sacro-sainte moustache, symbole de toute une virilité mexicaine.

  Je pourrais vous raconter, plus récemment encore, comment il est tout à fait possible dans une ville comme celle du district fédéral ( mexico city), de se paumer sur une ligne droite. J’entends déjà certains se gausser et dire : il faut être un gland pour se perdre sur une ligne droite ou avoir un sens de l’orientation vraiment à chi-er, voire en être totalement dépourvu. Je vous dirai ceci : d’abord un, croyez bien que ce fut irritant avant tout pour moi, d’avoir l’impression (car tout est là) de marcher en ligne droite et de me rendre compte à une intersection, en levant les yeux vers le panneau qui indique le nom de la rue, que je n’étais tout simplement plus sur l’avenue qui m’avait pourtant bien semblé ne pas avoir quitté un seul instant, à plus forte raison irritant, quand après avoir rebroussé chemin, je la retrouvai enfin et, continuant toujours tout droit, la reperdais dans la direction opposée ! Il faut préciser ensuite que tout ceci se passe de nuit et il faut dire encore que le quartier en question, celui de la Condesa où vivent Laure et Ianis, est un labyrinthe, non au sens commun de petites ruelles qui n’en finissent pas de s’imbriquer les unes dans les autes en se refermant sur elle-même et qui débouchent sur d’improbables impasses. Non, d’improbable il n’y a que la géométrie des rues de la Condesa qui ont la fâcheuse manie de se tordre sournoisement ou de former des cercles et des diagonales trompeuses faisant écho à cette logique chaotique de Mexico city, à savoir que deux rues parallèles entre elles et qui semblent le demeurer tout du long peuvent, comme soumises à des forces qui échappent à l’entendement, se retrouver perpendiculaires l’une à l’autre, ou peu s’en faut. Au district fédéral, ça grouille, c’est gigantesque, démesuré, pollué, inhumain. Ianis me disait que cette ville c’est comme une drogue, alors vous comprendrez que, moi, je veux en partir au plus vite, connaissant déjà l’addiction au reste du pays. « la poésie urbaine, ça va bien quand on a vingt ans » que je lui ai rétorqué. Les murs écaillés, les trottoirs boueux dans une ambiance de béton et de monoxyde de carbone, les flux de voitures ou de gens qui se croisent et se décroisent ne m’a, il faut bien l’avouer, jamais vraiment ensorcellé, bien que parfois, j’en ai pu saisir la beauté scandaleuse. A présent, ce qu’il faut bien nommer le délabrement de la ville la plus grande au monde ne m’enchante plus, ni même au détour d’une rue, fût-elle droite, courbe, ou complexe pour paraphraser l’oeuvre de Koltès, La Solitude Dans Un Champ De Coton. Ici, vous l’aurez compris, point de coton, que du goudron.

  Voilà pour mes impressions strictement subjectives de la capital du Mexique. Peut-être est-ce aussi pour cela que j’aime tant ce pays, rien ne m’ayant vraiment laissé de marbre. On demande souvent à un voyageur qui a visité différents pays, en particulier quand celui-ci en a parcouru plusieurs dans une même unité de temps, par exemple une année(!), on lui demande presque à chaque fois quel est celui qu’il a préféré. Il évidemment difficile d’y répondre de façon absolue, d’autant plus difficile que dans cette Amérique Latine, on a terriblement envie de considérer le ciment qui unit ses diverses nations plutôt que de les opposer les unes aux autres, que toute nouvelle terre, toute région nouvelle apporte son joyau, son souvenir inoubliable, son coup de coeur, et que, de toute façon, c’est sans compter l’état d’esprit du voyageur à chaque étape de son voyage. Néanmoins, si je devais en choisir un, ce serait sans l’ombre d’un doute, le Mexique. Je ne peux pas vous dire comment c’est beau. A l’ouest, la côte pacifique, magnifique et sauvage, comme ses plages où déferlent de puissantes et énergisnantes vagues, en particulier dans l’Etat de Oaxaca. A l’est, le golfe du Mexique, puis la péninsule du Yucatán sertie de temples mayas, ruines anciennes et inestimables, la riviera maya comme on dit, bordée par les eaux émeraudes et turquoises de la mer des caraïbes. Tout au sud, les montagnes du Chiapas avec ses canyons et ses ambres. Au nord, la basse-californie d’un côté, le désert au centre, les Etats-Unis au-delà. Mais un coup de coeur ne se limite pass aux paysages aussi sublimes soient-ils. Il y a la culture au sens général du terme, il y a les gens, surtout les gens, surtout ceux de Guadalajara, il y a, au risque de redondance, la pléthore hallucinante d’églises dont les multiples architectures forcent l’admiration du visiteur. Il y a....bien sûr la face sombre du Mexique : l’immense et profonde pauvreté d’une très grande partie de la population, son racisme à l’égard des indiens, comme une négation de soi-même, à tel point qu’au Mexique plus on est clair de peau (güeros), plus on est proche des canons de beauté et plus on a de chance d’appartenir à une classe sociale aisée.

  J’ai fait quelque peu l’impasse dans ce texte sur le Guatemala. C’est de ma part bien ingrat car ce magnfique pays où je suis resté une vingtaine de jours, vaut plus que lke détour. Personnellement, j’ai été envouté par la région de Cobán au centre du pays qui recèle la plus belle vallée qu’il m’ait été donné de voir jusqu’à présent. Des vallons comme des îlots, traversés par de sublimes rivières. Des collines, tapissées de cultures, (principalement de maïz), recouvertes de fôrets tropicales, parsemées de palmiers, ici et là ; des collines comme autant de bosses alignées en rangées régulières de sorte que les habitants de la région donnent à ce paysage le nom de cartón de huevos tant leur disposition, depuis plusieurs points de vue en hauteur qui surplombent la vallée, laisse à penser à la forme d’une boite d’oeufs en carton. Les gens très pauvres et humbles sont accueillant, parlant un vingtaine de dialectes mayas suivant la province où ils se trouvent, et vivent près de leur terre. Le soir, on s’installe sur un tabouret, à même la rue, devant un vendeur ambulant pour dévorer des tortillas garnies de frijoles ( purée de haricots noirs ) mais surtout on savoure de délicieuses boissons laiteuses à base de maïz, de riz, d’avoine, de banane, ou encore de blé : les atoles qui portent un variété de noms différents dont mon préféré restera corazón de trigo (coeur de blé). Le Mexique partage une partie de cette culture culinaire avec le Guatemala, mais épice tout tellement de ce chile que la nourriture vous arrache la moitié du palais et de vos papilles gustatives. Ce n’est pas pour rien que l’on appelle les habitants de la capitale mexicaine les chilangos. En parlant d’habitants il est intéressant de noter que le pays en compte aux alentours de 120 milions.

  Une française vivant ici m’a dit un jour ceci en parlant des français expatriés : « Le Mexique, on en est tous partis un jour et on y est tous revenus. » Le 16 septembre se célèbre l’indépendance de la nation et déjà toutes les rues se parent de guirlandes et de drapeaux vert-blanc-rouge. Le Zócalo (nom donné à la place centrale d’une ville) du district fédéral se prépare à recevoir le grito (cri) du président comme le veut la tradition. Etant donné que je pars quelques jours avant cette date, il ne me reste plus qu’à promettre d’y revenir pour fair la fête avec les mexicains et de crier d’ores et déjà : VIVA MEXICO !  

Posté par LucAmeSud à 02:51 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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